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Paul Gauguin : Vision après le sermon ou La lutte avec l’ange |
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Je
me demande quel genre de sermon ces bonnes Bretonnes ont entendu. Il n’y
a pas dans la liturgie de lecture du passage (Genèse 32) de la Lutte
avec l’Ange. L’introduction de ce thème est une idée de Gauguin
qui voulait placer ses lutteurs japonais. Pourquoi avoir convoqué
ces paroissiennes ? Au demeurant elles méditent un passage très obscur assez peu pratiqué par les commentateurs chrétiens. Passons. Il faut se rendre à l’évidence, c’est un tableau prophétique. La connaissance de la Bible a fait des progrès ; chez les catholiques en particulier. On ne compte plus les hébraïsants et les spécialistes du Talmud. Mais revenons à la peinture. Jamais lutte n’a exprimé autant de tension. Les muscles et les nerfs sont à leur maximum. Jacob en gardera quelque chose. Le nerf sciatique sera exclu de la viande consommable chez les juifs. La lutte est une allégorie : même placée dans le champ visuel des « spectatrices », personne ne la regarde. Cela renforce l’attitude de ces femmes intériorisant ce qu’elles viennent d’entendre. Jamais lutte n’a aussi bien été rendue et jamais l’intériorité n’a été aussi évidente. Il a suffi pour cela d’une distribution simple de l’espace : grand à-plat rouge barré d’un arbre frontalier. Une vachette pour la couleur locale et des costumes pour la solennité. C’est l’ancienne lice des tournois de chevalerie. Ces grandes coiffes ont l’air de juges-arbitres mais les visages sont au recueillement. La lice est rouge, couleur du Saint-Esprit qu’on appelait autrefois Saint-Amour.
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Marc Briand |
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